Idéologie

L’aliénation du travail…

Image de prévisualisation YouTube

À quoi reconnaît-on un génie ?

Pour ma part, mais je suis ouvert à toutes les propositions, je considère qu’un génie est celui (ou celle, on est d’accord…) qui est capable en quelques mots, « Être ou ne pas être », en quelques coups de pinceaux, le sourire de « Mona Lisa », en une formule mathématique, « E=mc2″, en un roman, « Bonjour tristesse », en une vision politique, « Le Capital » ou en quelques images, voir la vidéo, de mettre en lumière une vérité universelle jusqu’alors insoupçonnée ou tue. Mais certaines vérités, bien qu’universelles, ne sont pas toujours les bienvenues. Soit parce qu’elles dérangent, bouleversent un ordre établi, ou soit… et bien décidément, oui, parce qu’elles représentent le grain de sable qui empêche de penser en rond.

Cet extrait des « Temps modernes » de Charlie Chaplin n’est pas seulement l’illustration de l’asservissement des ouvriers d’antan dans les usines de l’ère industrielle, fin dix-neuvième, début vingtième, mais tout autant celui des salariés maintenus sous pression managériale dans les open spaces des start-up d’aujourd’hui. C’est ça, une idée géniale ! Elle peut se décliner à l’infini…

Le travail harassant et mortifère des mines, des usines et des champs a, certes, disparu, du moins en France, et c’est tant mieux. Et si je peux me permettre cette incise, c’est uniquement grâce aux luttes syndicales passées et, aujourd’hui, tellement décriées et méprisées. Passons… N’empêche le travail de chacun, même s’il a changé de nature et de cadre, est plus que jamais un instrument de soumission. De soumission à un chef, à une entreprise, à un système qui daigne arbitrairement vous rémunérer en échange d’un service. Et quand je dis « arbitrairement », c’est le cas. Que vous soyez « Technicien de surface » ou « PDG de ladite grande surface », ce n’est pas vous qui décidez (ou à la marge dans la deuxième configuration…) ce que représente en espèces sonnantes et trébuchantes la sueur, l’investissement, l’abnégation que nécessite le poste. Non. Ça dépend… Ça dépend du bon vouloir de votre patron, du contexte économique, tout ça, de l’offre et de la demande. Car, dans l’entreprise, nous ne sommes que des produits à l’instar d’une cargaison de tomates hollandaises ou d’un arrivage de moules normandes dont le prix évolue en fonction du Marché. Vous, moi, nous tous, ne sommes dans le monde du travail que des variables d’ajustement. Si le contexte est favorable, si la demande est plus forte que l’offre, votre emploi est maintenu et on vous propose même de faire des heures supplémentaires, petits veinards que vous êtes. En revanche, à l’inverse, en cas de baisse d’activité, vous êtes remerciés, invités à vous inscrire à Pôle-Emploi et condamnés à regarder passer le train de la modernité.

Encore une fois, cette logique implacable du capitalisme ne s’applique pas seulement à l’industrie, au secteur marchand et financier ou au monde agricole, non. Elle s’exerce également dans des domaines que l’on croyait, il n’y a pas si longtemps, épargnés par cette injonction impérieuse de rentabilité. Je pense à l’activité artistique. Les compositeurs de musique, les chanteurs, les écrivains, les peintres, les sculpteurs, les cinéastes, les comédiens, du moins pour les plus connus d’entre eux, liés par des contrats de production permanente, sont aussi inféodés à des labels, à des maisons d’édition, à des galeries, ou à des majors. Pour ces artistes, dont le sort n’est cependant pas comparable à celui d’un smicard en CDD, le travail n’est plus vraiment émancipateur, inventif, généreux, mais bien davantage de commande. Doit-on s’étonner, dès lors, de voir disparaître peu à peu ce qui est le fondement même de l’Art, la liberté de créer…

Tous les « travails » (j’assume ce pluriel de travail car « travaux » a une autre connotation…) sont aujourd’hui, d’une façon ou d’une autre, aliénants. Le travail, même réglementé avec les 35 heures, tout ça, n’est rien de moins qu’une tyrannie. Pour l’immense majorité des salariés, mais pas que, le monde du travail n’est fait que de recommandations, d’injonctions, de suggestions, d’intimidations, de menaces plus ou moins déguisées, de pressions de toute sorte, de mises en compétition… Le travailleur a l’irréfragable obligation d’être efficace, rapide, performant, ponctuel, assidu, respectueux envers sa hiérarchie, pas trop exigent, et tout ça, si possible, avec le sourire. Si ça, ce n’est pas de l’assujettissement, de l’aliénation, dites-moi ce que c’est…

Mais j’entends… J’entends celles et ceux qui s’inscrivent en faux. Bien sûr !

« Quoi ? Mais, moi, j’aime mon travail ! Mon travail, c’est ma vie ! Outre le fait qu’il contribue à mon développement personnel, il m’a permis de nourrir ma famille, d’acheter une maison et de payer des études à mes enfants ! » Ou bien encore… « Mais quoi, à la fin ! Vous voulez supprimer le travail ? Vous voulez payer les gens à ne rien faire, c’est ça ? » Ces questions sont légitimes et à chacune d’entre elles des réponses d’ordre économique, politique et technique peuvent être apportées. Des réponses qui ne remettent pas en cause le Travail en tant que tel mais bel et bien sa dénaturation dans le système capitaliste. Car le Travail (oublions son étymologie latine, « trepalium », un instrument de torture, bien trop réductrice et discutable…) doit, devrait être, avant toute chose, un vecteur d’émancipation et de liberté et pas seulement la manière d’assouvir une pulsion pathologique d’accumulation de richesses, pour certains, et pour tous les autres, les trois quarts de l’humanité, le moyen de subsister, tout simplement. « Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité », dixit ce bon vieux Karl Marx, 1818-1883. À méditer…

Cet article, ce travail, je l’ai fait en toute liberté. J’y ai consacré du temps en gymnastique cérébrale dans l’extrême limite de mon petit potentiel neuronal. Personne ne m’a rien demandé. En même temps, vous me direz, pourquoi l’on aurait-on fait ? Hein ? Sourire… N’empêche ! N’empêche, même si je doute très sincèrement que ce travail ait un grand écho, j’en suis satisfait. Car, le temps de sa rédaction, il m’a rendu heureux.

C’est ça ! Le travail ne doit pas être aliéné mais, bien au contraire, libre ! Pas de bonheur sans liberté. Pour le travail, pour tous les « travails » manuels, intellectuels, comme pour tout le reste ! Aussi folle, utopique, que cette idée puisse paraître, elle est cependant envisageable. À condition, bien sûr, de briser le carcan du modèle capitaliste et/ou de s’extraire de son emprise idéologique…Bref ! À condition de penser ailleurs…

 

2 Réponses à “L’aliénation du travail…”

  1. Le 19 juin 2018 à 17 h 13 min mesmin a répondu avec... #

    Mais si, Cousin, ce travail que tu as librement choisi de réaliser -avec une « petitesse » d’un potentiel neuronal à faire pâlir d’envie- a un grand écho, auprès de moi, en tout cas, qui apprécie hautement ces développements tellement bien construits et énoncés…
    Continue, Cousin, à me délecter de ton travail et qui plus est, sans que j’aie même à le rémunérer sans : pas belle, le vie?!

  2. Le 26 juin 2018 à 11 h 36 min Boisson Joëlle a répondu avec... #

    Tu es sans pitié Jean-Paul. J’ai été dans l’obligation de lire deux fois: la première,bercée par la beauté de la belle langue,la deuxième pour l’analyse tellement juste du contenu.
    Je t’embrasse.

Ajouter votre réponse

Rdl6470 copropriété |
Pomcisly |
Jenaimepaslislam |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | actualites
| Bollywoodteam
| M.C Community